Lims ou LES, le sujet qui fait débat

Choisir les bons outils du laboratoire 4.0, un enjeu stratégique

Si le terme de LIMS (Laboratory Information Management System) fait partie du vocabulaire du milieu des sciences analytiques, la notion de LES plus récente, est quant à elle encore mal appréhendée. Un LES (Laboratory Execution System), comme son nom le laisse suggérer, informatise les opérations exécutées quotidiennement par le chercheur ou l’analyste à sa paillasse.

Là où un LIMS assure la gestion de l’organisation, de la planification et du rendu des demandes d’analyses tout en garantissant la qualité des produits analysés, le LES vise clairement à remplacer le cahier papier de l’analyste. Ce dernier s’adresse toutefois presque exclusivement aux laboratoires de contrôle qualité et de support aux activités de développement pour lesquels les méthodes analytiques sont déjà définies ou procédurées. L’informatisation des essais réalisés plus en amont par le chercheur sera quant à elle portée par les outils dits ELN (Electronic Lab Notebook ou Cahier de Laboratoire Electronique). La principale confusion vient donc du fait que le LES, qui n’en porte pas le nom, vise bel et bien à remplacer le cahier de laboratoire papier.

Ces trois outils participent donc, à des niveaux différents, à la constitution de la base de connaissance informatisée de l’entreprise.

Pour tenter d’éclairer le débat, nous pouvons déjà classer ces outils en deux catégories : le LIMS et le LES œuvrent sur la notion d’échantillon là où l’ELN travaille plutôt sur la notion de projet.  Ainsi, ces outils peuvent donc être à la fois complémentaires et parfois « concurrents ».

Quelle solution, LIMS ou LES ?

Tentons maintenant de distinguer les ELN des LES. Quand les ELN, à l’aide de composants métiers dédiés, s’attachent à informatiser la connaissance acquise autour des travaux de recherche en biologie, chimie ou formulation, les LES se focalisent sur la dématérialisation et la traçabilité des activités purement analytiques. Là où l’ELN plus orienté recherche permet d’enrichir une page blanche avec des formules, schémas, photos, calculs et argumentations, sans réelle propension à se connecter aux instruments, le LES impose plutôt le suivi d’une procédure analytique établie avec pour vocation délibérée de se connecter aux équipements de laboratoire. Cette distinction serait toutefois plus aisée, si les éditeurs ne proposaient pas des solutions « hybrides » permettant de traiter avec plus ou moins de succès les deux approches.

Attachons nous maintenant à distinguer les LIMS des LES. C’est ici que le sujet est le plus épineux et sur lequel les éditeurs y perdent parfois de leur crédibilité et de la cohérence dans leur portefeuille de produits. Si dans l’état actuel du marché, ces outils sont encore complémentaires, ils pourraient toutefois devenir concurrents dans un avenir proche.

Le LIMS est sans conteste le mieux positionné sur les aspects d’automatisation, d’organisation, de planification et de libération finale des résultats ou des produits en dématérialisant, au travers de workflows informatiques, les processus organisationnels du laboratoire.  A contrario, il est paradoxalement fébrile sur l’ergonomie standard de saisie des résultats complexes et des métadonnées associées.

Le LES, quant à lui moins friand d’une modélisation organisationnelle du laboratoire dans son ensemble, matérialise à l’aide de procédures opératoires informatisées des processus ou plutôt des méthodes d’analyse. Il travaille à l’opposé du LIMS sur un guidage opérationnel de l’analyste et sur une ergonomie de saisie s’approchant du standard de tout analyste qui se respecte, à savoir l’incontournable  Microsoft®Excel. Il intègre bien sûr dans ses fonctionnalités génériques la connexion aux équipements de laboratoire.

Pour combler leurs lacunes respectives chacun d’eux intègre des « modules » complémentaires. Les LIMS ajoutent des modules ELN ou LES compensant leur déficiences en matière d’ergonomie de saisie de résultats complexes. De leur côté, les LES ajoutent les briques organisationnelles manquantes (gestion des demandes, des stocks/réactifs, des instruments, des habilitations,…). Certains poussant même l’audace jusqu’à intégrer des moteurs de workflows  organisationnels ou des modules de gestion des études de stabilités et de contrôle d’environnement.

L’objectif des éditeurs de LIMS est donc de livrer une vision plus « métier » de leurs produits en répondant aux préoccupations concrètes des analystes qui jusqu’alors percevaient les LIMS comme des outils plutôt contraignants, imposant des doubles saisies et généralement prescrits  par la hiérarchie et les départements qualité ou informatique.

L’objectif des éditeurs de LES n’est pas, du moins dans un premier temps, de remplacer in-extenso les LIMS.  Ils se positionnent aujourd’hui sur un autre business model en visant les laboratoires déjà équipés d’un ERP (Entreprise Ressources Planning) associé à un module qualité et qui souhaitent s’équiper d’un autre outil pour la gestion plus opérationnelle du laboratoire. C’est d’ailleurs pour cette raison que les modules accompagnant le noyau LES sont généralement ceux que ne proposent pas les éditeurs ERP. Ainsi, là où le recouvrement fonctionnel entre un LIMS et un ERP Qualité est parfois important, le LES et ses modules métiers a un positionnement beaucoup plus complémentaire vis-à-vis d’un l’ERP Qualité.

Quelle solution, LIMS ou LES ? 1

Mais revenons à un des objectifs de départ qui consiste généralement pour un tel projet à supprimer le sacro-saint cahier de laboratoire papier.

Pour y parvenir, point de salut, il faut pouvoir consigner des informations, pesées, prises d’essais, calculs ou autre métadonnée analytique au fur et à mesure de l’analyse. Cela impose d’emblée deux prérequis : Une proximité des « terminaux » de saisie par rapport à la paillasse et une connexion à tous les équipements du laboratoire. C’est ici qu’apparaissent les principales difficultés. Celles d’ordre technique : Interface utilisateur efficace sur terminaux mobiles (type HTML5), connexion physique des « anciens » instruments. Celles d’ordre opérationnel : Terminaux mobiles en environnement sensible (salle blanche, toxicité,…), mise des instruments sur le réseau contraire à la politique sécurité IT ou encore instruments qualifiés. Il faudra bien identifier les coûts directement liés au respect de ces prérequis.

Focalisons-nous un instant sur une problématique commune à tous les laboratoires à savoir la « Data Integrity ». Si ces 3 outils contribuent de manière évidente à 4 volets de l’« ALCOA », le LES et dans une moindre mesure l’ELN sont  indéniablement les seuls garantissant l’aspect « Contemporain» de la données. En effet, tous les résultats et les métadonnées associées sont saisis au fil de l’eau lors de leur génération là ou un LIMS consigne généralement ces informations en fin d’analyse à partir des données préalablement saisies sur un support papier plus ou moins pérenne.

Quant aux objectifs promus par le Lean Management qui consistent d’une part à faire « Right-First-Time » mais aussi à appliquer une revue qualité des résultats par exception permettant une diminution de temps de cycle, les deux outils LIMS et LES peuvent permettre d’en faciliter la mise en application.

Avant de conclure, la dernière grande différence entre un LES et un LIMS  concerne l’organisation et les key drivers du projet d’implémentation. Un projet LIMS est assez généralement sponsorisé par le mangement haut niveau puis piloté et implémenté par les équipes informatiques (DSI). A contrario, un projet LES est plus généralement sponsorisé et piloté par le mangement opérationnel puis implémenté par les équipes métiers.

La réussite d’un projet de suppression du cahier le laboratoire papier passe donc par trois étapes :

  1. Définir les objectifs du projet, ses phases de déploiement et son périmètre final.
  2. Définir un cahier des charge réaliste prenant en compte les contraintes techniques et opérationnelles et permettant ainsi de déduire la cartographie idéale du système d’information.
  3. Bien mesurer les ressources internes nécessaires à la mise en place de la solution afin de garantir l’implication des utilisateurs indispensable au succès du projet.

Pour en savoir plus : E.DEWITTE – Responsable Opérations SPC Développement – Groupe SPC

Eric.dewitte@groupe-spc.com

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